Pourquoi je n’ai pas arrêté de travailler le 7 novembre à 16h34 ?!

Vous avez du suivre dans les réseaux sociaux que le 7 novembre 2016, les femmes ont été invitées à arrêter de travailler à 16h34, l’heure théorique à laquelle elles commencent à travailler pour des prunes.
Arrêter de travailler et porter un vêtement rouge. Pourquoi rouge ? certainement parce qu’elle est la couleur traditionnelle des luttes sociales …

Mais moi à 16h34, je ne vais pas poser mon stylo ni ma souris, je vais continuer à bosser.

Pourquoi ? tout simplement parce que le féminisme rose bonbon – ou rouge pétaradant si vous préférez – m’insupporte.

Peut-être avez vous vu passer récemment sur Slate un billet qui s’intitule “Le leurre du féminisme choupi”.
Le billet revient sur le lancement ces dernières semaines du Salon des Dames qui se présente comme étant “le nouveau mouvement girlpower”.
La journaliste semble assez remontée contre les fondatrices de ce mouvement … je ne suis pas loin de partager son opinion vis à vis de ce salon mais comme je le connais trop peu, je ne m’aventurerai pas à m’exprimer ici.

Je relève tout de même une phrase trouvée sur la page de présentation de l’une des fondatrices, que je partage avec vous :

“J’ai voulu avec le Salon des Dames permettre aux gens de rencontrer à leur tour ces wonderwomen qui m’ont donné envie de soulever des montagnes.
Des nanas qui ne ressemblent pas à des blogueuses, qui pensent avec leurs tripes et tapent du poing sur la table quand il le faut.”

C’est certainement anecdotique mais cette opposition entre wonderwomen et blogueuses me laisse sans voix … J’ai bien évidemment interrogé le Salon des Dames à ce propos sur Twitter – Edit en fin de billet à ce propos.

Je suis féministe ET blogueuse, certainement pas wonderwoman mais je trouve le propos hyper sexiste en lui-même … Parce que si on prends la phrase a contrario – j’ai fait du droit, ça se voit non ? – on obtient :

“des nanas qui ressemblent à des blogueuses, qui ne pensent pas avec leurs tripes et ne tapent pas du poing sur la table quand il le faut …”

Bref, le sujet n’est pas là.

On observe ces derniers temps un avènement d’un féminisme rose bonbon qui me soulève le cœur.
Certaines – qui se prétendent féministes –  choisissent comme armes la gentillesse, la bienveillance, et la complicité masculine pour dénoncer les actes et les propos sexistes.
C’est un choix qui est pour moi complètement vain et surtout, contre productif.

Le sexisme n’est pas rose bonbon !

Pourquoi nous féministes – ou devrais-je dire, nous femmes – devrions-nous lutter contre les actes de sexisme avec gentillesse et compréhension ?
Parce que soyons claires, c’est bien d’une lutte dont il s’agit. Et c’est bien pour cette raison que j’ai employé le terme d’arme.

Le viol, la maltraitance, les violences faites aux femmes, les inégalités salariales, les moqueries salaces, le harcèlement de rue … sont des agressions physiques, psychologiques qui se produisent chaque jour, chaque heure et nous n’en sommes plus à faire le constat que ces agissements existent mais bien à se battre contre eux et contre chaque homme/femme qui en sera coupable.

Si je ne suis pas pour un féminisme acharné et violent, je pense que les discussions dans des salons bien cosy, ne vont rien changer à la situation et n’apporteront aucune aide aux victimes.
C’est bien joli de constater autour d’une tasse de thé que les inégalités existent mais en quoi cela fait avancer le shmilblick ?

C’est bien gentil de débrayer et de faire grève mais finalement, ça va changer quoi ?
Rien, on est bien d’accord.
Et puis une grève, si elle n’a pas de retentissement économique ou du moins si elle ne se voit pas – autrement dit, si elle ne descend pas dans la rue – ne sert à rien !

Votre patron va juste se foutre de votre gueule ouvertement et vous traiter d’emmerdeuse.
Encore une bonne occasion d’un bon mot sexiste pour faire rire Marcel, Roger, Alain et Michel !

Le temps des constatation est révolu

On sait que les inégalités sont là, qu’elles existent et qu’elles perdurent. Si on essayait de lutter contre celles-ci maintenant au lieu de faire mumuse avec des mesures de pacotille ?
Pour lutter contre le sexisme, désolé si cela en dérange certaines, mais il va bien falloir utiliser des armes un peu plus efficaces que du rouge à lèvres et des discussions de salon …

De là à couper quelques couilles … je plaisante bien sûr 🙂

Alors à 16h34, je continuerai à travailler, même si c’est pour rien.

En revanche, après, j’irai rejoindre mes copines/copains féministes pour réfléchir aux actions vraiment concrètes que l’on peut mettre en place pour lutter contre les actes sexistes : cours d’auto-défense, accompagnement des femmes salariées pour la défense de leurs intérêts professionnels, soutien d’une copine féministe qui s’est fait casser la gueule par des flics après une “Manif pour tous” car un peu trop masculine à leur goût, dénonciation en magasin directement des jouets genrés pour Noël, promotion de livres à destination des enfants pour leur expliquer qu’une fille, c’est aussi bien qu’un garçon et qu’il existe autre chose que des princesses dans la vie …

Organisons une grève générale des femmes, descendons toutes dans la rue, crions haut et forts nos désaccords … là, ça aura de la gueule et du poids. Le reste n’est que discussions vaines …

Et vous ?
Vous ferez quoi à 16h34 ?

 

Edit du 08/11/2016 :

J’ai eu Céline au téléphone, l’une des fondatrices du Salon des Dames. Nous avons discuté longuement du Salon des Dames, du féminisme et de la phrase qui m’avait interpelé concernant l’opposition entre wonderwomen et blogueuses.
Céline m’a expliquait qu’elle voulait donner la parole aux femmes que l’on ne voit pas, en opposition avec les blogueuses qui ont de la visibilité.
Il semble que sa phrase ne retranscrive pas exactement sa pensée, aussi, va-t’elle la modifier prochainement.
Notre discussion fut très agréable et si je reste dans l’expectative face à ce nouveau mouvement, j’apprécie la franchise de Céline, qui a semblé apprécié la mienne également 🙂

17 commentaires sur “Pourquoi je n’ai pas arrêté de travailler le 7 novembre à 16h34 ?!

  • Répondre Maguelonne sur

    J’aime comme d’habitude ta prose et je la trouve juste. Sur le salon des Dame je ne sais pas grand-chose et au vu de ta citation je vais pas perdre mon temps à me renseigner. Ceci dit on ne nait pas toutes guerrières et parfois certaines ont envie de lutter mais le fait d’être née dans une famille patriarcale, machiste ne les aident pas. Du coup descendre dans la rue de prime abord peut-être compliqué. Commencer par arrêter de bosser à 16h34 ne serait-ce que quelques minutes leur permet un geste, un premier pas. Évidement il ne suffit pas, mais c’est un début et ça se respecte, ça s’encourage. Pour le reste et pour leur montrer que c’est possible il y a les autres dont on fait partie, celles qui ruent dans les brancards, élèvent leur garçons à égalité avec leurs sœurs et dans le respect des femmes et du bien commun.

    • Répondre La Fille de l'Encre sur

      Alors attention ! Je respecte celles qui se sont arrêtées de travailler et qui crois en leur choix mais j’estime juste que ce n’est pas une action utile et que sous couvert de prise de conscience, on se contente de peu.
      Mais le peu est toujours mieux que rien alors …

  • Répondre B.D. sur

    Billet très intéressant. Je suis personnellement le Salon des Dames et trouvent leurs mood tickets et leurs salons très instructifs. Je ne vois pas en quoi transmettre les informations sur les inégalités et essayer d’y réfléchir pour y remédier n’est pas une forme de combat. Il ne s’agit pas d’être gentille mais simplement de constater que les hommes sont peut-être et surtout tout aussi conditionnés que les femmes. Vous le dîtes vous-mêmes 24% des français pensent que la fellation n’est pas un viol : c’est choquant et dégoûtant mais précisément ce chiffre baissera peut-être si un mouvement tendance comme le salon apparaît en disant avec humour combien le sexisme est horrible. Quand on sourit à un gif automatiquement on sympathise et doucement mais sûrement on change les mentalités. Je suis sûrement idéaliste et je ne prétends pas connaître tout le cahier des charges d’une “bonne” féministe mais je trouve dommage de rejeter d’emblée des initiatives qui auraient pu marquer les esprits. J’ai vu sur le fil Facebook du salon une superbe photo d’une équipe au travail habillée tout en rouge (homme et femme) et je l’ai trouvée frappante : pour le coup l’union était bien visible.
    J’ai l’impression que vous sous estimez l’impact de la réflexion et de l’esprit or, vous le dites vous-mêmes après le travail vous comptez “réfléchir” à des manières d’aider les femmes. Je vois les salons comme la première étape de votre attitude : vous vous asseyez et vous faites le constat des inégalités puis cherchez à y remédier (bien sûr vous vous avez fait il y a longtemps le constat des inégalités mais ce n’est pas le cas pour tout le monde : je suis prof de français en Seine Saint Denis et je peux vous l’assurer les inégalités ne sont pas du tout frappantes pour mes élèves !) Eh bien, pour moi le salon agit de la même manière en dressant le tableau des inégalités (chaque mood insiste sur un point notamment en s’appuyant sur des études précises) dans l’espoir évidemment que les lectrices et lecteurs changent ces inégalités (Add more lipstick and CHANGE the world). Le salon est jeune, il est apparu en septembre, peut-être que vous déplorez qu’il n’y ait pas d’actions mais pour moi faire réfléchir en est déjà une. Peut-être aussi que par la suite elles seront à l’origine d’actions plus à votre goût, mais en attendant je trouve triste de sous évaluer ce “féminisme rouge pétaradant” en laissant entendre qu’elles ne servent à rien. L’enveloppe vous gêne, très bien, mais à mon avis c’est ce qui attirera les gens et fera changer les choses.
    Remarque à part, je vous salue pour votre professionnalisme et votre honnêteté !

    • Répondre La Fille de l'Encre sur

      Merci de votre commentaire, qui me conforte dans mon idée que les débats et les échanges entre gens intelligents et courtois sont toujours constructifs 🙂
      Je pense personnellement que l’humour n’est pas suffisante et que nous n’en sommes plus là … il faut maintenant passer à autre chose … j’en ai un peu assez de ces jolies images – je parle en général – politiquement correctes.
      Et les mentalités ont finalement peu changées ces dernières années avec les méthodes douces …
      Je ne sous-estime pas du tout la réflexion au contraire, elle doit être à la base de toutes actions de groupe et de lutte mais elle doit être suivie d’actions concrètes qui se passent dans la rue, les associations, auprès des victimes, des enfants … et ne doit pas rester dans des salons feutrés loin de la réalité parfois très glauque du sexisme.
      Je ne sous-estime aucune action, seulement, je ne me retrouve pas dans certaines, que je trouve plus occupées à surfer sur une tendance qu’à vouloir se frotter au concret.
      Et si les gens se basent uniquement sur une enveloppe pour adhérer à une lutte, alors c’est que c’est moi, qui suis finalement complètement à côté de la plaque 🙂

  • Répondre Sur un petit nuage sur

    Je n’imagine même pas dans quel état de tension tu devais être à la fin de cet article. Quand j’en écris un de ce genre je fini le le coeur palpitant à la folie et les mains légèrement tremblantes de tension …

    Mais merci beaucoup de ton article, je n’ai malheureusement pas suivi les infos dernièrement, du coup je n’ai absolument pas compris ce que c’est que cette histoire où les femmes bossent pour des prunes passé 16h30. Non mais pourquoi ?

    Je vais me renseigner dessus.
    Merci beaucoup de ton article en tout cas.
    bonne soirée
    Virginie

  • Répondre Mariekke sur

    Allez manifester sur la place publique comme cela l’a été proposé dans de nombreuses villes, accompagnée de son mari ou de ses ami(e)s, je ne vois pas ce que cela a de rose bonbon ?!
    Autant le salon des Dames m’exaspère moi aussi, autant je ne comprends pas en quoi manifester devrait être mis dans le même panier ? Je viens d’ailleurs de la manif place de la République et je suis bien triste qu’il n’y ait pas eu plus de monde…

    Et puis, pourquoi opposer les méthodes de sensibilisation ? C’est en multipliant les messages (on voit la fille qui vient de la comm, non ? 😉) que l’on avance et des messages de différentes natures. Cela permet aussi peut-être que chacune s’y retrouve. Celle qui souhaitent des méthodes plus fortes et celles qui préfèrent des méthodes plus douces. Et qui sait, peut-être qu’une fois testé les méthodes “rose bonbon” comme tu les appelles, elles prendront le chemin des méthodes plus radicales…

    • Répondre La Fille de l'Encre sur

      Aller manifester alors là, je dis un grand oui ! Sauf qu’une manifestation nationale, de grande ampleur, qui a du poids où du moins, de la lisibilité, ça se prépare et ça passe par les syndicats …
      D’après ce que j’ai compris, les glorieuses ont été un peu dépassées en terme de succès par leur appel à débrayer et cela leur a peut-être empêché de cadrer le mouvement et d’en faire un évènement important et qui marque les esprits.
      Tu le dis toi même, il y avait peu de monde … un coup d’épée dans l’eau car finalement, que va-t-il en rester ? pas grand chose non ?
      Et je ne suis pas certaine justement que la multiplication des messages soit bénéfique à la lutte, au contraire, elle divise plutôt que rassembler. Et je pense également que la situation est tellement critique que justement, nous ne pouvons plus nous contenter de méthodes douces … lorsque tu vois certains sondages, c’est effarant ! Pour mémoire, ce sondage-ci selon lequel 24% des personnes interrogées pensent qu’une fellation ou qu’un acte de pénétration avec le doigt ne sont pas des viols… http://www.huffingtonpost.fr/2016/03/02/pour-27-des-francais-lauteur-dun-viol-est-moins-responsable/
      Pour notre intégrité, celles de nos filles et celles de nos copines, il faut d’autres méthodes à mon sens que des discussions policées. Mais ce n’est que mon avis, et j’adore partager et discuter alors merci de ton commentaire 🙂

  • Répondre matchingpoints sur

    On a l’impression de revenir vers les années 70 ! Tant de choses sont acquises, heureusement, mais il reste encore du travail !

    • Répondre La Fille de l'Encre sur

      C’est vrai, on a toujours l’impression de devoir répéter encore et encore et se battre pour des éléments déjà acquis … c’est désolant

  • Répondre Cyrielle - The Wild Panda sur

    Je ne connais pas ce salon alors je ne m’aventurerais pas à commenter, mais quoiqu’il en soit, le fond de ton propos me ravi!

  • Répondre Kantutita - Birds and Bicycles sur

    Je suis d’accord avec toi! Super billet (que je partage sur Twitter)
    T’as bien raison, on a fini de constater tout ça, il faut agir maintenant!
    C’est bien de râler contre les jouets genrés et de montrer aux gamines qu’il y a autre chose que les princesses… 🙂

  • Répondre Corinne sur

    Hello ma belle, ton billet me va droit au coeur ! Vu mon grand âge je fus une féministe des premières heures ou presque ! A 18 ans je séchais les bancs de la fac pour défiler avec mon soutien gorge à la main pour défendre le droit des femmes à l’avortement ! Donc les luttes féministes je connais bien. Couper quelques c… comme tu dis ne servirait à rien et puis ce serait dommage ! Mais je te rejoins ce n’est pas dans un salon que nous résoudrons les problèmes. Cela me semble tellement évident qu’à travail égal , le salaire d’une femme devrait être identique à celui de nos congénères masculins ! Je pense qu’il faudrait faire une marche vers l’Elysée pour leur faire comprendre que nous le valons bien et même certaines fois bien plus que certains ! Quand au Salon des dames, je n’ai pas vu passer cette phrase mais je vais m’y pencher ! Nous, blogueuses , focalisons toutes les critiques mais nous avons le cuir épais ! Continuons la lutte peut être par nos écrits ?

  • Répondre corinne Dohin sur

    Eh bien moi je partagerai ton post sur Twitter 😉

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