bateaux sete

Dimanche 23 octobre 2022 – Sète – Chez Boule le Galoubet – 10h12

Il fait gris, l’air est tiède. Nous nous installons, un café allongé pour l’amoureux, un thé au citron pour moi.
Sarah la serveuse ramène notre commande rapidement. J’ai entendu son prénom. Elle est tatouée, aimable mais expéditive, elle a du monde à servir, la terrasse ne désemplit pas.

Le bar est de l’autre côté de la rue, il faut traverser la voie pour servir les clients. Du bar, on entend des rires, l’équipe est en forme ce matin.

Chez Boule – le Galoubet, c’est une institution à Sète. L’établissement est collé à la mairie, on vient prendre un verre, un café, manger un plat entre midi et deux. Le jour du marché, le mercredi, c’est macaronade. De gros macaronis, de la sauce tomate, de la viande. C’est un plat qui vient d’Italie. J’adore ! J’aime Sète, sa gastronomie, ses adresses populaires et ses caractères. Il y en a un paquet ici, de grandes gueules qui n’aiment pas qu’on les emmerde. Sète est sincère. On aime ou pas. Ils s’en foutent.

Sur la terrasse ce matin, des habitués plus que des touristes.

« Ça fera 6,20€ » me dit-elle.

Son merci à peine audible, elle est déjà partie vers d’autres tables. Où l’on fait comme nous, acheter croissants, pains au chocolat ou zézettes* à la boulangerie du coin.

A quelques mètres de moi, vient de s’installer un homme d’un âge certain, tout de bleu marine vêtu.
Ciré, chaussures bateau, jean bleu, tshirt blanc, cheveux longs dans le cou, bandeau en guise de serre-tête et collier en perles de bois. Clope au bec. Je pense immédiatement à l’Amiral, à Olivier de Kersauzon, forcément.
Il tend son billet à Sarah pour régler son café. Je vois alors ses bagues, sa large gourmette argentée sur sa peau tannée. Je suis hypnotisée par ses yeux bleus, aussi clairs que les eaux des mers du sud. Je le vois à la barre de son voilier, voguant sur les océans face au vent et au soleil qui ont marqués son visage des années durant.
Il m’inspire de la tendresse mais aussi de la nostalgie et de la tristesse. Je pense à la solitude des gens de mer, j’imagine la sienne, pas tout à fait volontaire. Il a fait le tri autour de lui. Son caractère, sa façon de vivre, son indépendance ont fini par lasser, les femmes surtout. Un cœur tendre mais une façade acerbe qui a blessé, plus qu’il ne le voulait. C’est comme ça, on ne se refait pas, surtout à bientôt 65 ans.

Un Uber s’arrête juste devant le bar. Il charge des clients, bloque la rue. Il n’a pas fallu 3 minutes pour qu’ une voiture commence à klaxonner.

« Oh, tu as le temps ! »
« T’as qu’à passer par-dessus si ça va pas assez vite, prends ton hélicoptère ! »

Les sétois répondent au klaxonneur qui finalement sourit, il a compris qu’ici, on n’est pas pressés, surtout le dimanche matin. Sur la terrasse, on se marre.

A ma droite, sur le mur peint, les mots « parti socialiste » et une rose dans un point fermé. So vintage.

A ma gauche, un jeune homme, capuche sur la tête. Il commande un cappuccino. Smartphone en main. Le jeune homme enlève sa capuche. il doit regarder des vidéos sur son portable, on entend du son qui s’en échappe. ll rit franchement. Il passe finalement un appel, je ne reconnait pas sa langue. Du turque je crois.

Un homme vient de s’installer à côté du jeune homme. Il se lève, laisse sur la table son journal et par terre dans un sac plastique. Dedans une baguette de pain. Il fait signe à son jeune voisin de surveiller ses affaires, direction le bureau de tabac à deux pas.

Il revient.

« Tu vas là-bas à gauche, et après, il y a un tabac » dit-il à l’étranger.

Ils sont une quarantaine à suivre la pancarte Viking Venus 14, ils traversent la place du poufre* jusqu’à la rue Gambetta.

Quelques minutes plus tard, ils sont de nouveau une quarantaine et suivent la pancarte Viking Venus 15. Têtes grises, chemisettes à carreaux, sac à dos. Des touristes. Des croisiéristes plus précisément. Ils voguent sur le Viking Venus et de groupes en groupes, visitent la ville. On les croisera plus tard encore sous les halles, à la recherche d’une table pour déguster des huitres, un bonheur rare qui se mérite passé 12h00.

D’ailleurs, nous y allons, hors de question de sacrifier notre rituel sétois. Une assiette d’huitres pour nous deux, des bulots et des couteaux pour moi, des beignets de moules et des crevettes pour lui et deux verres chacun de Pipoul de Pinet pour faire glisser le tout.

Rien de plus, rien de moins et c’est largement suffisant pour se sentir pleinement heureux.


  • Les zézettes de Sète sont des biscuits secs allongés saupoudrés de sucre. Une ancienne recette pied-noire. On en trouve notamment à la Belle Epoque, dont le patron a introduit la recette dans les années 70
  • Le poufre est le nom sétois du poulpe. Sur la place de la mairie, devant le bar Chez Boule, la fontaine du poufre crée par Pierre Nocca. Le poulpe est un clin d’oeil à la tielle, spécialité de la ville.

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