Suivre les pas de Mathieu dans la diagonale du vide …

La diagonale du vide, un voyage exotique en France

… tel est le titre du très beau livre de Mathieu Mouillet à qui je donne la parole aujourd’hui sur le blog.Je vous avoue, je ne connaissais pas beaucoup Mathieu avant de voir ce livre circuler sur les réseaux sociaux. A peine connaissais-je son  blog les voyages de Mat, que j’avais déjà ouvert quelquefois …  – faute avouée à demi-pardonnée non ? – mais lorsque j’ai découvert son travail en France et son voyage à pied à travers des territoires « où il n’y a rien à voir », je suis tombée immédiatement sous le charme de ce garçon et de sa curiosité.

mathieu Mouillet

Je suis une grande amoureuse de la France, de ses petites routes de traverse, de ses campagnes et de ses villes, de ses ruisseaux rafraichissants, de ses bords de mer bleus et gris … et un instant, j’en ai voulu à Mathieu de cette idée géniale de de nous faire découvrir cette France un peu oubliée, méconnue et parfois même méprisée. Son parcours et sa volonté d’aller au-delà des clichés me touchent beaucoup.

Ce voyage de 18 mois à pied à travers les espaces les moins peuplés de France, Mathieu le propose sur son blog mais aussi dans un très joli livre et bientôt dans une vidéo.

Le teaser donne envie de voir la suite non ?

J’avais très envie de vous le faire découvrir à mon tour. Le format de l’interview s’y prête bien et les réponses de Mathieu poussent à la réflexion, vous verrez. Il m’a beaucoup inspiré, sans le vouloir, pour le projet que je suis en train de mettre en place et dont je vous parlerai très bientôt 🙂

Je suis très très heureuse de vous proposer ce moment. J’espère que vous l’appréciez autant que moi, qui prend beaucoup de plaisir à rédiger ce billet et à me plonger dans le livre de Mathieu.

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* Mathieu, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Salut, je m’appelle Mathieu, je voyage depuis une vingtaine d’années entre deux missions de conseil. Je n’ai pas tout plaqué pour devenir un fucking digital nomade, je vis en Haute-Marne, là où on fabrique le caprice des dieux 🙂
Je suis enthousiaste, curieux, créatif et perfectionniste, enfin c’est ce que je disais quand je passais des entretiens d’embauche.
Mon dessert préféré est le Paris-brest et mon plat préféré, les nids d’oiseaux (que les anglais appellent scottish eggs).
J’adore écrire, découvrir d’autres manières de vivre – et de cuisiner. La musique et le son tiennent une place importante sur mon blog (et dans ma vie en général).

J’aime les gens mais j’ai parfois besoin de solitude.

la diagonale du vide

* J’ai découvert ton blog récemment grâce à la promotion faite autour de ton livre et j’ai adoré ton idée d’aller à la découverte de la France isolée, peu connue.
Peux-tu nous dire d’où t’es venue cette idée, cette envie ?

En 2001, j’ai fait un tour du monde à vélo sur le thème de la musique. Partout où l’on passait (oui, je n’étais seul), les gens nous disaient :
« Mais pourquoi vous venez chez nous alors que vous habitez le plus beau pays du monde ? »

L’envie de voyager en France de la même manière que j’avais couru le monde, en autonomie complète, est née à ce moment là, mais il fallait trouver la fenêtre de tir côté timing…

J’ai continué à voyager beaucoup par la suite, comme rédacteur de guides de voyage pour un site qui a fait long feu. Les guides étaient payés « au poids » et je courais en tout sens pour ramener le maximum de matières. Moi qui aime prendre mon temps et rencontrer du monde, je ne m’y retrouvais pas.

Parallèlement, en gravitant dans l’univers du voyage, je constatais que tout le monde partait au bout du monde alors que tout le monde défendait l’idée que « le voyage commence en bas de chez soi » !

J’avais envie de vérifier cette idée là.

De tout ça est née cette traversée de la France : un voyage d’aventure, lent, à la rencontre des gens. Il manquait l’itinéraire qui ferait de ce voyage quelque chose d’ »exotique ». C’est là que je suis tombé sur la diagonale du vide.

* La diagonale du vide, c’est quoi exactement ?

C’est un concept mis en évidence par les géographes au siècle dernier : une bande de terre qui traverse la France en diagonale, des Ardennes au Pays basque, et où les densités de population sont particulièrement faibles, au moins deux fois moins d’habitants que la moyenne nationale.

C’est la campagne profonde, ponctuée de villes pas très glamour sur le papier, comme Montluçon, Charleville-Mézières, Châteauroux, Aurillac…

la diagonale du vide

Mais surtout, c’est beaucoup de nature, donc, et personne pour t’emmerder le soir au bivouac 🙂

* Dans cette France peu peuplée, as-tu réussi à vivre des rencontres comme tu le faisais dans d’autres destinations ?
Et comment réagissaient les gens croisés sur place ?

Non c’était très différent parce que pour une fois, la langue n’était pas une barrière ! Et puis j’avais aussi bien préparé le voyage en amont, identifié des personnes à rencontrer… Le voyage était un mélange d’improvisation sur le terrain et de rencontres pour lesquelles j’avais déjà des pistes.

Parce que je ne voulais pas rencontrer n’importe qui. Je voulais rencontrer les acteurs du territoire, ceux qui ont décidé de prendre les choses à bras le corps plutôt que de baisser les bras. Je me disais que s’ils étaient acteurs, c’est qu’ils n’avaient pas envie de partir. Qu’est-ce qui les faisait donc rester dans ces territoires où, vu de Paris, il n’y a que des paysans au bord du suicide, des ouvriers au chômage et des laissés pour compte qui votent Front National ?

la diagonale du vide

Je voulais explorer ça et je crois que les gens que je rencontrais percevaient la sincérité de ma démarche. J’ai été accueilli à bras ouverts partout. Quand tu aimes quelque chose, que tu es passionné par ce que tu fais et que quelqu’un s’intéresse à ce que tu fais, forcément, tu as envie de partager.

Pour les rencontres, du coup, c’était mieux que mes autres voyages lointains. D’habitude, je croise des gens étonnants avec qui je partage un moment hors du temps (pour moi, pour eux c’est la routine) et je repars comme je suis venu. Alors que là, je me suis fait des amis.

* Finalement, quelles différences entre les locaux dans les zones dépeuplées de notre pays et ceux des zones rurales des autres pays d’Europe que tu as traversé ?

Des autres pays d’Europe, je ne connais que les villes. De l’Angleterre je ne connais que Londres, de l’Allemagne que Berlin… Mais j’étais à Londres il y a quelques semaines, et j’ai entendu qu’avec le Brexit, ce qui se passe dans les campagnes interroge également les centres de décision… Et puis la diagonale du vide n’est pas française, elle se prolonge en Allemagne et aussi en Espagne… Pour comparer, il faudra que j’aille y faire un tour !

* Que retiens-tu au final de cette France oubliée et rurale ? et des rencontres faites ? As-tu un regard neuf sur la France ? plus critique et plus politique peut-être ?

Je n’aime pas trop le terme de France des oubliés qui ne définit les habitants de ces territoires que par rapport à ceux qui les oublient.

C’est vrai qu’une partie de la population se sent délaissée par les pouvoirs publics (mais c’est de toute façon le sentiment général en France, non ?). Pourtant, ce qu’on ne voit pas au 20h de TF1, c’est que beaucoup de gens vivent là parce qu’ils s’y sentent bien. Ils aiment leur région et n’en partiraient pour rien au monde. Ils jouissent d’une liberté et d’une qualité de vie incomparable.

Habiter dans la diagonale du vide, c’est loin d’être le cauchemar que fantasment les urbains en lisant les journaux.

la diagonale du vide

En partant, j’avais l’intuition que les campagnes sont des laboratoires de l’innovation parce qu’avec le désengagement de l’Etat, c’est  » marche ou crève ». Et effectivement, sur bien des sujets – la démocratie participative, les circuits courts, l’économie circulaire, la microfinance, les monnaies locales, les économies d’énergie, l’écologie – les campagnes pratiquent avec d’autant plus de conviction que pour elles, ce n’est pas juste « cool », c’est surtout plus efficace et plus viable économiquement.

Ce qui m’a impressionné, c’est la vitalité de la société civile, le nombre d’associations, dans tous les domaines, le foisonnement d’initiatives, partout. La vie dans les campagnes repose sur ces structures là, elles créent du lien… À ces petites échelles, on se rend compte aussi que la volonté d’une seule personne peut tout changer. Il suffit de pas grand chose pour qu’un village bascule dans la désertification, et à l’inverse, pour qu’il renaisse à force d’idées, d’initiatives et de réflexion commune.

En fait, j’ai eu l’impression de croiser des gens qui avaient pris leur destin en main. Ça m’a fait un bien fou, après 10 ans de déprime parisienne.

* Lorsque tu as bâti ton projet, pensais-tu déjà publier un livre ? ou l’idée s’est-elle faite en chemin ?

Oui. Avant de partir, j’ai lancé une campagne de financement participative pour financer le montage des portraits (certains à voir ici ), et j’ai volontairement proposé le livre comme contrepartie principale. Ça m’obligeait à aller jusqu’au bout… Promesse tenue !

la diagonale du vide

* Et pour finir, as-tu déjà un prochain projet à mener ou pour l’instant, c’est la promotion du livre avant tout ?

Ah la la, oui, des projets de voyage, j’en ai plein ! Mais en premier lieu, sortir la version vidéo de ce voyage qui existe façon puzzle sur un gros disque dur… Mais je suis vraiment heureux d’avoir écrit ce livre – et, allez, osons le dire, fier aussi de l’objet en lui-même.
On a beaucoup travaillé avec Manon pour la maquette et Kat pour la couverture -. Il faut maintenant le faire exister auprès d’un public !

Depuis 15 ans, je cherche la formule magique pour vivre de mes voyages tout en restant libre de ton et de destination, et ce livre est une nouvelle tentative dans ce sens.

Je prends cette période de promotion comme une nouvelle aventure. Je vais sillonner la France, revoir des gens que j’ai rencontrés sur la diagonale du vide… C’est plus un prolongement du voyage qu’une contrainte mercantile, en fait. Même si l’objectif est clair : gagner de l’argent pour refinancer un prochain voyage !

mathieu Mouillet la diagonale du vide

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Alors, qu’en dites-vous ? La diagonale du vide vous tente-t-elle ? Je vous avoue que depuis le livre de Mathieu et ses belles images, j’ai très envie de partir à la découverte de ces territoires méconnus …

On y va ?

Crédit photo : toutes les photos du corps de texte sont de Mathieu.
Les photos du livre sont les miennes.

Pour en savoir plus et commander le livre de Mathieu :

Commander la diagonale du vide

4 commentaires sur “Suivre les pas de Mathieu dans la diagonale du vide …

  • Répondre Mat sur

    Merci Olivia pour cette mise en lumière 😊👍 Bon du coup je suis curieux de ce projet dont tu parles a demi-mot… Bon voyage sur les petites routes de France et à un de ces quatre du côté de montpellier !

  • Répondre Cj-envadrouille sur

    Bravo pour cet article très intéressant. Je vis dans le sud est de ka France et passe mon mois d’août à la campagne dans une petite ville de 70 habitants proche d’une autre de 7500 qui grâce à son inventivité et ses propres ressources à créé un festival de Jazz qui fête cette année sa 41eme édition. Ce lieu est un véritable bouillo de culture en terme d’écologie : ça parle, ça controverse, ça avance. Merci à Matthieu pour ce témoignage et à cet article qui le met en valeur.

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